Carnet de route
Moiry
Le 12/07/2026 par Pascal R
Après la tentative avortée de 2025 nous voici enfin à Moiry pour découvrir ce magnifique secteur, encastré entre Val d’Hérens et Val d’Anniviers, aux portes de de la fameuse couronne impériale.
La montée au refuge étant relativement courte et la perspective de faire une première course le samedi oubliée depuis longtemps, météo orageuse et conditions de neige de fin de saison obligent, le départ de Saint Gervais n’est pas trop matinal. Lionel, à peine remis de son escapade massacrante de la veille est particulièrement sensible à cette attention. Sur le parking au bout du lac, on retrouve Lou-Anne qui nous a gardé une place, entre camping-cars et voitures de tourisme éparpillées façon puzzle. C’est là que la réunion plénière, destinée à décider de la sortie du dimanche, se tient. En effet la course initialement prévue n’est déjà plus praticable. La journée du lendemain s’annonce belle mais chaude. Dans un cas il faut porter crampons, piolets, broches en plus du reste pour une longue journée. Dans l’autre cas on part léger, la course bien que plus technique est plus courte et le retour est direct. Six voix se taisent pour choisir la deuxième solution. Alors va pour la traversée des Aiguilles de la Lé. On fera la grande traversée Mourty-Rosses-Bricola une autre fois.
Déjeuner léger sur l’herbe vite avalé et la montée peut commencer. A peine installés au refuge, des déluges d’eau s’abattent sur la terrasse et les affaires mises à sécher sont retirées juste avant qu’elles ne deviennent éponges. Fin d’après-midi au repos pour certains, à déguster la tarte aux noisettes pour d’autres, à découvrir le Rivella pour d’autres encore. Suit le souper avec double portion de soupe de poix et de lasagnes pour tout le monde. Deux voisins fribourgeois se joindront alors au groupe pour s‘initier à la Crapoutche, une variété personnelle du jeu de carte la Crapette, que Gaspard entend nous enseigner.
Le refuge est plein. Les familles rentrent se coucher, les alpinistes se préparent pour le lendemain. 22 heures ; clap de fin de journée.
Dimanche 6 heures ; après un bon petit déjeuner départ pour le col du Gardien. Approche pas trop longue dans les pierriers. Au col petit cours de rappel sur les ancrages, les assurages, la pose de friends etc. Gaspard tient à ce que tous les anneaux de buste soient conformes à la norme ENSA. Toutes les cordées ne passent pas le test du premier coup. Par contre tout le monde comprend la doctrine de l’encordement en arête, déjà pratiquée pour certains au Plan de l’Aiguille :
- Pas besoin des mains : corde courte, le leader les anneaux la main prêt à tout,
- Besoin des mains : corde longue et tendue, assurage dynamique.
Voilà c’est parti. La première moitié de l’arête jusqu’au col des Aiguilles appartient à la première catégorie. Depuis ce col jusqu’à la croix de bois du dernier sommet on est clairement dans la deuxième. L’itinéraire est évident, ça déroule.
Pour la descente c’est l’option 1) de Camptocamp qui est choisie. Désescalade et vague sente ponctuées par des cairns, coté Est. Bien expo quand même. Attention totale requise jusqu’au petit col de le Lé. Ensuite, mais ensuite seulement, il est permis de s’enchabotter ou de glisser dans les pentes schisteuses raides et dans les petites gorges de nant humides.
Au passage on aura vu les « fameux » géants de Zinal ; Dent Blanche, ZinalRothorn, Obergabelhorn et Weisshorn. Tous ont perdu leur blancheur et se présentent sous un jour sombre, presque menaçant; énormes masses noires aux arêtes et aux faces sèches et grises. Moins beaux certes, mais plus impressionnants peut-être que d’habitude.
Merci à Chloé, Lionel, Lou-Anne, Olga et Pascal pour avoir vaillamment cheminé sur cette longue et belle arête, exigeante et soutenue, qui nous a fait le cadeau ce jour là de ne s’offrir qu’à nous.
Merci à Gaspard pour l’idée, pour l’ambiance décontractée couplée avec une attention de tous les instants. Merci à lui de nous avoir fait croire, l’espace d’un moment, que nous étions des montagnards aguerris.



