Carnet de route

Beau et chaud weekend de début septembre.

Sortie :  Alpinisme Rocheux du 09/09/2023

Le 09/09/2023 par Melanie D

C'était un beau et chaud weekend de début septembre. On avait monté une fine équipe de filles bien motivées et cherché longtemps LA course qui saurait répondre à notre soif d'aventure en terrain rocheux.

Sur les bons conseils d'Olivier Begain (Président de la compagnie des guides de Saint Gervais) nous finissons par choisir l'ascension du grand Darrey par l'arête SE. Mais qu'est ce donc que cette course rocheuse dont nous n'avons jamais entendu parler ? Pourtant située au départ de La Fouly, chez nos voisins suisses, ce n'est pas bien loin.

En à peine 2h de route, Gwen nous conduit dans son bolide au pied du Mont Dolent, d'où descendent d'incroyables langues glacières. Il fait très chaud et la montée, bien que très jolie paraît toujours trop longue. Finalement 3h de marche, c'est le faible effort à payer pour découvrir cette magnifique cabane perchée sur le roc : la cabane de l'A Neuve. Nous retrouvons d'ailleurs Wendy qui est montée la veille au soir.

Martine, la gardienne nous accueille immédiatement avec un grand sourire et plein de conseils pour le lendemain. On se dit qu'on resterait bien ici une semaine entière. On se rassasie et on se désaltère avec la boisson phare du pays, La Rivella. Chacun sa team : on adore ou on déteste.  

Notre guide Matt part reconnaître l'approche pour le lendemain. Pendant ce temps, Wendy, Gwen et moi profitons pour faire un peu de couenne, la falaise se situe juste à côté de la cabane. Au moins on n'aura pas monté les chaussons pour rien !  Clem et Alice restent toutes les deux caliner le petit chaton, le roi des lieux.
Un bon repas, un petit monopoly et on file sous la couette, la journée du lendemain s'annonce chargée !

Il est 5h30, nous décollons dans la pénombre avec un bon rythme mais je ne suis pas du matin (plutôt du style diesel) et je crois que Wendy non plus. Il n'y a pas vraiment de sentier, on remonte un pierrier qui se redresse et se termine par un couloir bien raide. Notre arrivée au col des Essettes coïncide avec les premières lueurs du jour, ce qui nous permet de ranger les frontales. Je suis heureuse, la vue est grandiose et les choses sérieuses vont commencer.

Une petite longueur, un peu de "corde tendue" et on arrive devant les deux belles longueurs de la course. Pour moi, toucher le granit est toujours aussi grisant. En plus ça passe très bien "en grosses".

On essaie de donner nos meilleurs conseils d'escalade à Gwen. Pour les seconds, être encordé à deux, sur la même corde, à quelques mètres, n'est pas un exercice facile. Je rajoute quelques coinceurs, j'aime bien avoir des points rapprochés lorsque ça grimpe. En plus le rocher s'y prête volontier.

Matt garde toujours un oeil attentif sur notre cordée autonome et me guide lorsque j'en ai besoin. On continue d'évoluer la plupart du temps en corde tendue. On rejoint la cordée de Matt à chaque fois qu'il y a une longueur grimpante.
La course me demande pas mal de "manip de corde" car il y a aussi des rappels où je dois mouliner les filles puis désescalader ensuite.

J'ai de la chance, je suis encordée avec Clem. On a l'habitude d'aller ensemble en montagne et je sais que je peux compter sur elle. Aujourd'hui, il y a Wendy en plus avec nous sur la corde et après quelques heures d'escalade, elle commence à fatiguer. Clem l'aide au maximum mais on perd de vue Matt qui va bien plus vite avec Gwen et Alice.

Clem se retourne pour voir le dénivelé qu'on vient d'avaler et me signale qu'il va falloir qu'on pense à garder du jus, si on veut rentrer "safe". En effet cette course se fait en aller-retour car en fin de saison, le retour par le glacier est bien trop dangereux : les chutes de pierres sont omniprésentes.

On prend quelques minutes à un relais confortable pour faire le point ensemble. Finalement le sommet n'est plus très loin. Wendy est crevée et nous dit qu'elle peut nous attendre ici. Cela lui laisse une grosse demi heure pour se reposer et elle nous gardera toujours en visibilité.  

Pas le temps de croquer dans une barre, on reprend le matos et on file. 15 minutes plus tard, on retrouve Matt et les filles qui nous ont attendus au sommet. Le 360 est impressionnant : Aiguille d'Argentière, Triolet, Mont Blanc, Grandes Jorasses, et plus loin de l'autre côté, le Grand Combin, le Cervin et le massif du Mont Rose. On en prend plein les yeux. Alice a sorti son appareil photo et capture ces précieux instants.

Pour le retour, Il faut rester concentré à 800%.  Les rappels sont sans difficultés, même si cela demande toujours de brasser des mètres et des mètres de corde. Mais la majorité de la descente se fait en corde tendue et parfois il n'y a pas grand chose pour se protéger, pas même un petit béquet. C'est parfois bien "expo" et le terrain n'est pas toujours excellent.

Bref il est impossible de courrir. On essai donc d'évoluer sans faire tomber de pierres, en se faisant confiance. La chute d'une d'entre nous n'est clairement pas envisageable. On a l'impression que la descente est encore plus longue que la montée. Quel soulagement d'arriver enfin au col, on peut relâcher la pression et enlever la corde.

La descente à pied se fait rapidement jusqu'au refuge, on peut faire de la ramasse lorsque le pierrier s'y prête. Il est déjà tard, on a bien explosé l'horaire. On ne traine donc pas au refuge. On prend juste le temps de manger et de refaire les sacs.

Un dernier au-revoir à Martine et on se laisse glisser vers la vallée. C'est le moment du débriefing, des échanges sur les ressentis de chacuns. Ce weekend m'a énormément appris. Autant en expérience pratique dans ce type de terrain montagne que sur l'humain et le partage de nos vie à travers une simple corde.







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